Sondages israéliens : comment travaillent les sondeurs
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Sept instituts sondent les Israéliens pour sept médias. Chacun choisit qui il interroge, comment il le fait et ce qu'il fait des indécis. C'est pourquoi leurs chiffres peuvent différer de plusieurs sièges. Pour chaque institut, voici qui le diffuse, comment il travaille et ce qu'il ne dit pas.
Trois repères pour lire les fiches
- Répondants et personnes contactées. Un sondage de 500 personnes ne veut pas dire que l'institut n'a appelé que 500 personnes. Il en contacte beaucoup plus, et seule une partie répond. Le 12 octobre, la Chaîne 12 contacte 2 521 personnes et obtient 509 réponses, une sur cinq. Le 7 octobre, Next Data en contacte 14 983 pour 1 079 réponses, soit 7 %. Plus ce taux est bas, plus il faut redresser l'échantillon.
- Les indécis. Chaque institut leur pose sa propre question, puis choisit de les répartir entre les partis ou de les laisser de côté. Ce choix peut déplacer plusieurs sièges.
- L'écart avec la moyenne. Il indique si un média donne habituellement plus ou moins de sièges au bloc Netanyahou que la moyenne des sondages. Par exemple, +8 pour la Chaîne 14 veut dire 8 sièges de plus que la moyenne. Les chiffres viennent de l'agrégateur Petek, au 12 octobre. Un écart ne veut pas dire qu'un institut se trompe : seul le vote le dira.
Midgam, pour la Chaîne 12 (N12)
- Qui : Mano Geva, directeur de l'institut Midgam.
- Comment : par internet et par téléphone. Le téléphone sert à joindre ceux qu'on trouve peu en ligne : les haredim, les Arabes et les personnes âgées.
- Échantillon : environ 500 répondants, marge d'erreur de 4,4 %.
- Ce qu'il publie : le nombre de personnes contactées, le détail des indécis et les scores des listes sous le seuil.
- Ce qu'il ne publie pas : sa pondération, c'est-à-dire le poids qu'il donne à chaque groupe de la population.
- Indécis : environ 8 % le 12 octobre. La plupart hésitent entre deux partis du même bloc. 3,1 % n'ont aucune idée. Midgam les répartit entre les partis grâce à un modèle statistique. Selon Mano Geva, ce modèle permet d'attribuer environ 97 % des indécis.
- Écart avec la moyenne : 5 sièges de moins que la moyenne pour le bloc Netanyahou.
Le Madad, pour la Chaîne 13
- Qui : Shmuel Rosner, commentateur de la chaîne, et Noah Slepkov.
- Comment : trois panels en ligne, un par groupe : les Juifs non haredim, les haredim et les Arabes.
- Échantillon : environ 1 000 répondants, marge de 3,1 %.
- Ce qu'il publie : c'est le plus détaillé. Il donne les résultats par groupe, la certitude d'aller voter et une simulation si des listes tombent sous le seuil.
- Ce qu'il ne publie pas : le nombre de personnes contactées, sa pondération.
- Indécis : il demande à chacun un premier et un second choix. À ceux qui répondent «je ne sais pas», il demande vers quel parti ils penchent. Fin septembre, 13 % ne savent pas, mais 8 % ont un penchant. Ceux qui n'ont aucun penchant sont laissés de côté : 4,3 % le 13 octobre.
- Écart avec la moyenne : 1,3 siège de moins que la moyenne pour le bloc Netanyahou.
Kantar, pour Kan 11 et Israel Hayom
- Qui : Dudu Hasid, directeur de Kantar Israël.
- Comment : un échantillon interrogé par internet, Arabes compris.
- Échantillon : environ 550 répondants, marge de 4,2 %.
- Ce qu'il publie : Israel Hayom donne le nombre de personnes contactées : 2 489 pour 551 répondants en septembre. Kan, dans ses articles, ne cite ni l'institut, ni l'échantillon, ni la marge.
- Ce qu'il ne publie pas : comment il joint les haredim et combien il en compte dans l'échantillon, sa pondération.
- Indécis : Kan publie une question à part sur l'indécision. Le 18 octobre, 30 % disent ne pas avoir encore fait leur choix. Certains ont choisi leur bloc, mais pas leur parti. Kantar ne dit pas comment il les compte dans les sièges.
- Écart avec la moyenne : 2,2 sièges de moins que la moyenne sur Kan, 3,6 sur Israel Hayom.
Lazar, pour Maariv et Walla
- Qui : Menachem Lazar, psychologue social, directeur de Lazar Research.
- Comment : un panel en ligne, Panel4All. Chez les haredim et les Arabes, il appelle aussi par téléphone pour vérifier ses résultats.
- Échantillon : 500 à 1 000 répondants, marge de 3,1 à 4,4 %.
- Ce qu'il publie : la part d'indécis.
- Ce qu'il ne publie pas : le nombre de personnes contactées, sa pondération.
- Indécis : il les relance : «Quel parti est le plus proche de vous ?» Un parti cité en second choix pèse moins qu'un premier choix. Hors campagne, il laisse les indécis de côté. À la mi-octobre, ils sont 5,2 %.
- Écart avec la moyenne : 4,8 sièges de moins que la moyenne sur Maariv, 4,4 sur Walla. En 2022, c'est l'institut le plus précis parti par parti.
Tatika, pour Zman Yisrael (Times of Israel)
- Qui : Yossi Tatika, consultant politique. Il a dirigé des campagnes pour le Likoud comme pour le Parti travailliste. Avec lui travaille Roy Schindler, propriétaire du panel Adgenda et ancien directeur général du Parti travailliste.
- Comment : un panel en ligne, Adgenda.
- Échantillon : 500 répondants, marge de 4,4 %.
- Ce qu'il publie : les listes sous le seuil.
- Ce qu'il ne publie pas : combien de personnes il a contactées pour obtenir ses répondants, sa pondération, comment il joint les haredim et combien il en compte dans l'échantillon.
- Indécis : il pose parfois une question à part sur l'indécision. En mai, 70 % des sondés ont choisi leur parti, 17 % seulement leur bloc, 14 % rien du tout. Tatika ne dit pas comment il compte les indécis dans les sièges.
- Écart avec la moyenne : 3,3 sièges de moins que la moyenne. Créé en 2025, il n'a pas de bilan électoral.
Direct Polls, pour i24NEWS
- Qui : Zuriel Sharon, 42 ans, propriétaire de Direct Polls. Il débute en 2014 dans la campagne numérique de Reuven Rivlin pour la présidence. En 2015, il travaille à la campagne du Likoud. En 2019, il fonde Direct Polls avec Shlomo Filber, à parts égales. En 2025, il rachète la part de Filber et devient le sondeur d'i24NEWS.
- Comment : son propre panel en ligne, sans sous-traitant ni téléphone.
- Échantillon : environ 525 répondants, marge de 4,2 points.
- Ce qu'il publie : les listes sous le seuil.
- Ce qu'il ne publie pas : le nombre de personnes contactées, sa pondération.
- Indécis : il part d'une hypothèse : un indécis finit par voter pour un parti de son camp habituel, ou il reste chez lui. Selon lui, les électeurs qui changent de bloc ne pèsent que 2 à 5 sièges. Il estime que laisser les indécis de côté avantage l'opposition, car la plupart ont voté pour la coalition en 2022. Il les répartit donc entre les partis. i24NEWS ne donne pas leur part dans ses articles.
- Écart avec la moyenne : 5,3 sièges de plus que la moyenne. En 2022, son chiffre pour la coalition est le plus proche du résultat.
Next Data, pour la Chaîne 14
- Qui : une société créée fin 2025 par le groupe qui possède la chaîne. Son administrateur, Netanel Siman-Tov, représente le propriétaire de la chaîne, Yitzhak Mirilashvili. Haaretz le révèle en mai 2026, à partir du registre des sociétés. Shlomo Filber analyse ses sondages à l'antenne. Il est l'ancien directeur général du ministère des Communications et le cofondateur de Direct Polls.
- Comment : par internet, avec ce qu'il appelle une «analyse par strates».
- Échantillon : très variable, de 450 à plus de 2 000 répondants selon les semaines.
- Ce qu'il publie : dans les documents qu'il dépose à la commission électorale : le nombre de personnes contactées (14 983 pour 1 079 répondants le 7 octobre, soit 7 %) et sa marge d'erreur (3 % ce jour-là). Il ne dépose ses sondages que depuis août, après une demande du Mouvement pour la liberté d'information.
- Ce qu'il ne publie pas : sa marge d'erreur, ni à l'antenne ni en ligne, et sa pondération.
- Indécis : ses dépôts précisent que les pourcentages bruts «ne tiennent pas compte de la répartition des indécis ni du calcul Bader-Ofer». Bader-Ofer est la règle qui répartit les sièges restants. Les sièges qu'il annonce intègrent donc les indécis, répartis entre les partis. Next Data ne publie ni la question posée ni sa formule. Le 7 octobre, ses chiffres bruts ne comptent que 0,9 % de «non décidés».
- Écart avec la moyenne : 8,2 sièges de plus que la moyenne. Il n'a pas de bilan électoral.
Pourquoi les chiffres divergent
- Le canal. Internet touche mal les haredim, les personnes âgées et une partie des Arabes. Au téléphone, beaucoup ne décrochent plus.
- Le poids de chaque groupe. Chaque institut décide quel poids donner aux Arabes ou aux haredim, selon la participation qu'il prévoit pour chaque groupe. Aucun ne publie sa formule.
- Les indécis. Chaque institut pose sa propre question. Selon la formulation, de 4 % à 30 % des sondés se disent indécis. La plupart des instituts les relancent («Vers quel parti penchez-vous ?») et les classent selon leur réponse, parfois selon leur vote passé. Le Madad laisse de côté ceux qui n'ont aucun penchant. Midgam, Next Data et Direct Polls les répartissent entre les partis, par un modèle ou une hypothèse. Aucun ne publie sa formule.
- Le seuil. Une liste qui obtient 3,25 % des voix a quatre sièges. En dessous, elle n'en a aucun. Un petit écart peut donc faire gagner ou perdre quatre sièges d'un coup. Avec 500 répondants, la marge d'erreur équivaut à cinq sièges.
Ce que dit la loi
Chaque sondage diffusé doit indiquer le commanditaire, l'institut, les dates, le nombre de personnes contactées et de répondants, et la marge d'erreur. L'institut doit aussi déposer sa méthode à la commission électorale centrale. Aucun ne publie ses données brutes.
Sources
- Petek, moyenne et écart par média
- N12, encadré méthodologique et indécis du 12 octobre
- N12, reportage chez Midgam : le modèle des indécis
- Globes, pourquoi les sondages divergent
- Le Madad, entretien avec David Steinberg
- Le Madad, les indécis et leur penchant
- Le Madad, sondage du 14 octobre
- Israel Hayom, sondage Kantar de septembre
- Kan, sondage du 18 octobre
- Maariv, méthode des sondages
- 103FM, Menachem Lazar sur les indécis
- Jerusalem Post, sondage Maariv des 14 et 15 octobre
- Zman Yisrael, sondage Tatika
- Zman Yisrael, question sur les indécis (mai)
- i24NEWS, sondage Direct Polls
- Globes, entretien avec Zuriel Sharon
- Haredim10, Direct Polls passe à i24NEWS
- Haaretz, la Chaîne 14 et Next Data
- Commission électorale, dépôt Next Data du 7 octobre
- Mouvement pour la liberté d'information, Next Data et Direct Polls
- Le Madad, précision des sondages 2022
- Loi électorale, article 16E